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Sont-ce tes dents que je sens là plantées dans ma chair comme une ancre dans le sable ? Ta mâchoire qui se contracte un peu plus à chacun de mes pas, chacune de ces vaines tentatives d’échapper à ton joug ? Ta langue qui parfois râpeuse comme l’écorce parcourt mon coeur en fuite ? Ce coeur qui bat le temps que tu lui laisses. Ce coeur battu d’une rage assassine.
Est-ce ton souffle qui m’étouffe la nuit dans la tourbe des rêves quand je sursaute en entendant mon nom ? Est-ce ta main qui dans l’oubli touche mes cheveux en cadence ? Sont-ce tes yeux qui brillent au regard inversé de la lune ? Ces yeux qu’on a fini par ne plus voir, comme recouverts d’un mystérieux ennui. Ces yeux bleu sombre aux recoins humides comme des pleurs. Ces petits yeux de haine imprégnés de douleur. Ces points sans vie, comme un outrage au temps.
Est-ce ton ongle coupant qui me saigne l’oreille ? Ta salive rougissante injectée dans mes veines ? Est-ce ta voix qui le soir me berce ivre et en peine ? Et ces coups que parfois tu assènes, que veulent-ils dire en somme ? De ces coups sans vergogne — ceux qui tonnent au couchant...
Dis-toi bien l’animal que rien ne dure longtemps. Que ton joug infernal n’a rien de reluisant. Tu t’acharnes et tu mords — tu retiens et tu grognes — tu murmures et tu tonnes — tu ordonnes, tu rappelles, tu salis, tu fais taire mais... ta mâchoire se fait vieille ; ton regard moins brillant. Ton souffle même s’épuise. Tu es moins dérangeant.
Sais-tu ce que tu donnes ? Une raison aux hommes... Rien de bien effrayant.
26 février 2009.