Incendie dans la nuit
Table des matièresVersion iPhone/iPod



Incendie dans la nuit

(Derniers souvenirs, 2008-2009)
De Emmanuel Saracco
Dédicacé à Hélène, Mélanie, Anne et Sophie
Contacter Emmanuel Saracco
Votre IP : 38.107.179.236

N'hésitez pas à me contacter.

Accueil du site » 2. Présences

Promenade d’été

Emmanuel Saracco

J’ai du soleil dans les yeux, de l’écorce de cèdre sur les joues, et un héron sur la tête. De temps à autre, un lièvre vient manger les grains de maïs collés à mes chaussettes. Un écureuil a élu domicile dans mon cou. Il boulotte tout ce qui lui atterrit dans les pattes : moucherons, abeilles, papillons. Quelquefois, une bogue de noix manque de lui rompre le crâne ; mais il l’attrape avec adresse et lui grignote le coeur.

Lorsqu’une cendre de lumière se répand sur le fleuve entre deux nuages, mes compagnons se redressent, heureux de cet hommage. Tout s’éveille à notre passage. Près du fleuve, de grandes herbes saluent lentement. Des fleurs aux mille couleurs arborent un sourire affable.

Nous reconnaissons plantes et fleurs, sans jamais les nommer. Parfois, le héron prend son envol. Il dessine de larges cercles, puis file vers un champ fraîchement labouré pour s’y taper quelques vers. Il reste planté là un temps, et d’un coup d’ailes nous rejoint. L’écureuil le bombarde de noisettes — il les évite en riant.

Aujourd’hui nous avons deux nouvelles compagnes : des limaces du levant. Leur grand corps orangé se promène sagement. Le héron ne fait rien. L’écureuil joue avec. Il leur chatouille la tête. Elles se transforment alors en petites balles dorées.

Lorsque les arbres murmurent, c’est pour nous dire un temps sacré — l’époque bénie qui les a vu pousser. Alors ils lâchent quelques feuilles, et replient les branches pour nous laisser passer. Pierres et eaux s’écartent avec douceur. Nous atteignons ainsi des lieux improbables.

Un couple de cygnes nous observe avec curiosité. Mais quel est donc cet animal au grand bec et au cou panaché, pourvu de bras, de pieds, et parcouru de taches oranges ? Rien ni personne ne viendra lui répondre... L’animal étrange disparaît dans son ombre. Nous sommes les survivants du passé.

30 août 2008.

Commenter ce poème


SPIP SPIP