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Tu es mon secret le plus enfoui. Je te nourris de rêves et d’étoiles. Je te fabrique un pain dont la pâte est séchée au soleil, puis passée par les larmes. Le pain d’une sourde envie. Tu provoques les émois les plus intimes, les visions les plus félines. Corne d’abondance sans faille, jaillissement d’une saine folie.
Tu es mon secret le plus cher. Celui qui voit sous les choses. Je te garde sans jalousie, simplement là, au fond de moi. Parfois j’oublie... Mais tu reviens à la charge, et au matin je te souris.
Toujours. Tu es toujours. Tu m’as toujours. Grain de pureté. Sans cesse à gesticuler, à sautiller, à chanter, à danser. Tu passes du rêve à l’idée, du mot à la pensée. Tu te poses à la cime de l’éclair, vibres à l’envi quand tu es gai.
D’un geste habile tu repeins ce qui pourrait rouiller. Sur la tige d’une fleur sauvage tu graves le nom de celles que j’ai aimées — tu laisses une place pour celles que j’aime. Tu n’es jamais pressé quand tu rhabilles les rêves qui contre toi viennent se lover.
Tu es mon secret le plus subtile. Lorsque tu ris, mes pensées se prennent à grandir. Elles vivent de toi. Tu les fais naître, tu les balaies, tu les ranimes, tu les distrais. Tu répares les blessures, tu combles les manques, tu polis, tu déplies, tu ajustes, tu recolles, tu construis. Tu es le maître d’oeuvre de ce vaste chantier — et ton secret le plus fragile, c’est moi.
12 août 2008.