Incendie dans la nuit
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Incendie dans la nuit

(Derniers souvenirs, 2008-2009)
De Emmanuel Saracco
Dédicacé à Hélène, Mélanie, Anne et Sophie
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Passe-temps

Emmanuel Saracco

Vivre l’écriture pour déchirer la mort à coups de canif. Chaque lettre devient l’étincelle qui brûle la gorge. Des cheveux d’étoiles noirs comme le mazout s’enroulent sur les verbes.

« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire... »

Prendre les lettres comme de petites allumettes et leur donner la forme des mots. Construire une phrase. Échafauder un texte. Se pendre à la parole. Écraser la virgule. Terminer à point. Sauter les majuscules.

« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire... »

Vriller l’écriture pour tresser sur le temps des lettres saltimbanques. Des syllabes en fleur se bousculent au portillon. Sous les pieds, des vers que l’envie écrase — rude pari, drôle d’extase.

« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire... »

Cette petite voix terrible... Et mon poing dans ta gueule ? Laisse faire. Laisse les phrases s’emmêler. Les mots à la ramasse. Les queues sous les « q », les points sur les « i ». Ta bouche sur l’aurore. Laisse-les s’en mêler.

« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire... »

Cette écriture qui nous articule. Les livres comme des prothèses. La boîte de pandore du moins que rien. L’Aleph à bon marché. L’imaginaire à la petite semaine.

« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire... »

Quoi d’autre ? « Sous les pavés la plage » ? Et sous les mots ? Le vide. Rien. Qu’un fouillis de nerfs et de veines. Nada !

14 novembre 2008.

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