Je t’ai vue un matin attraper le soleil
Tes mains le caressaient comme un petit enfant
Tes yeux en demi-lune le regardaient à peine
Et l’astre incandescent te demandait pardon
« Tu m’as connue mourante et tu m’as faite renaître
Tu m’as dite courageuse et j’ai vaincu mes peurs
Tu m’as voulue sauvage et j’ai appris à l’être
Tu m’as voulue aimante et je me suis offerte »
Lui te disait « Ma Belle je t’ai aimée pourtant
Quand je tombais le soir tu étais ma lumière
À l’aube en lettres de feu je dessinais ton nom
Et tout le jour durant ne pensais qu’à te plaire
« J’ai allumé le ciel, j’ai parfumé la terre
Pour te bercer la nuit j’ai réchauffé les mers
J’ai fait pousser les fleurs, j’ai enflammé les coeurs
Quand les oiseaux chantaient c’était pour ton bonheur »
Tu lui disais « Mon Beau je t’ai voulu puissant
Je t’ai aimé brûlant comme un geyser de larmes
Je te tournais autour comme une chienne haletante
Aux abois sans amour je me faisais pressante
« Combien de nuits ai-je dû, seule au monde et en pleurs
Me satisfaire du vent sous la caresse des arbres
Si j’étais ta lumière sous ces vastes ténèbres
Je t’ai rendu aveugle au moindre de mes charmes »
« Tu m’as connu brillant, à présent je suis terne
Tu m’as vu courageux, je suis couard et vulgaire
Happé par l’océan, le soir je me défile
Laissant une traînée pâle au reflet éphémère »
Et j’ai vu le soleil qui, oubliant son nom
En entrouvrant les bras implorait ton pardon
Je t’ai vue replonger dans un ultime effort
Je l’ai vu te baiser pour un dernier encore
De ce jour il ne reste qu’un souvenir diffus
Le désir angoissé du plaisir que l’on perd
Ce que j’ai vu alors, me suis construit avec
À présent je le sais, ne vis que d’amours mortes