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Août. Emmurés dans une cave. Parfois, un rayon nous caresse le visage. « C’est le soleil ou la lune, mon pauvre ami ! » J’ai pour compagnons de voyage un vieux rat sans bagages, un grand lit défait, une gamelle vide, et une araignée noire.
Le rat, dont les petits yeux arrivent à briller par à-coups sous l’autorité d’une faible lumière, ne sort rarement plus que sa tête. Il vit plus loin, dans un tunnel plus sombre, où habitent d’autres compagnons, d’autres compagnes. Il revient parfois de son monde, vers le mien. Il me sent rapidement, par petites volées je l’entends qui couine. Moi je ne sens rien, je ne vois rien non plus. Je devine.
Le grand lit défait, qui jamais ne fut fait. Étalé comme une vague, un bout de mer déçu. Un lit d’horreurs, de bonheurs et de vie. Mon unique cage — vaste voyage. La plus grande partie du temps j’y suis assis, les yeux vers le large. Il me berce doucement, flux et reflux d’un grand vent. J’y devine même, lorsque le temps est clément, le bruit de quelques coquillages.
La gamelle, je l’ai toujours connue vide. Je ne l’ai jamais touchée. Elle gît dans un coin, recouverte d’une épaisse couche de poussière. Vierge, depuis la nuit des temps. Elle ne regarde, ni ne soupire, ni ne sent, ni ne peut dire. Elle est là, à terre. Une compagne sans vie. Une compagnie de rien. Comme un objet de l’autre monde, qu’on aurait laissé là pour rire.
L’araignée trottine sur les murs comme une âme en peine, poursuivie par quelque terrible ennemi. Mais où qu’elle aille, on la voit toujours revenir d’où elle a fui. Vers sa toile, les étoiles sont sans prix. De tous ses yeux elle me regarde, comme mille maîtresses avides. Quelquefois je lui rends ses regards, comme un amant assouvi. Toujours à distance, jamais insistante. Son petit territoire parcouru, elle s’endort.
Et eux, que pensent-ils de moi ? Rien, je présume. Je suis l’Autre. Celui qui est. Celui qu’on regarde et qu’on sent. Dont on se méfie aussi, mais comme d’une habitude gênante avec laquelle on doit vivre. Je suis l’Autre, contre lequel on ne peut rien. Celui qui d’un coup t’empoisonne, te refait, te salit ou t’écrase. Celui qu’on implore secrètement pour qu’il nous laisse tranquille...
... Et c’est avec ce texte, par cet août naissant, que du fond de cette cave mon bestiaire et moi-même te souhaitons longue vie... Sois-nous en reconnaissant ! « Pauvre voyageur sans bagages ! Crois-tu vraiment ce que tu dis ? Reconnaissant, sois-le toi-même, d’avoir trouvé lecteur compatissant ! »
2 août 2008.