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Tes yeux s’enfoncent dans la chair crispée du printemps. Le tonnerre gronde — rien que dans ta tête. L’arbre qui secoue au loin ses fleurs au seuil du vent te revient d’un sourire. Comme une aile détendue ton bras s’abat sur la terre. D’un frémissement brutal l’aube se recouvre d’épines, comme une valse animale, une crispation soudaine. L’on revient à l’enfance sans penser aux présages. Un sillon rouge et or disparaît sous la plaine. Deux tambours, l’air hagard et comme ivres d’entendre, tracent un bruit sur le temps. Dans le gouffre plus loin, un sourire pourtant. D’où les yeux te regardent rien ne peut provenir. Doux les yeux sont regard et garés sous les braises ils resplendissent encore.
« Viens ! » te souffle le sable sur les dunes éphémères. Viens l’amant des sirènes, le saltimbanque des vagues, recommencer à vivre sous le buisson de verre. Viens ramasser les peines et l’australe équimose. En balayant nos coeurs redevenir absents. « Viens... » te susurrent les herbes, rien que pour un encore. Viens noyer ton cerveau dans ce bain d’algues mortes. Recommencer à dire, écrire et sur le seuil recommencer à être.
Tes pas résonnent dans ce bois de l’errance. L’orage enrage en siphonnant l’abîme. Que du vide et ce puits, coeur solide au printemps. La charrette risque hélas, et gèlent aussi les livres, de vider son acide sur la boue du versant. Rien qu’un pas, rien qu’un geste. Pour que l’outre embrumée s’en aille sur un clin d’oeil. Qu’un rire fou salutaire écrase dans ce fumier les quelques fleurs absentes. Puisqu’enfin et l’ailleurs et le vent redeviennent nos maîtresses.
« Ris ! » t’ordonnent les mousses qui remontent en été. Croîs comme une boule gonflée des rires d’antan. Pour que vivent les sirènes et les dernières amphores. Pour les corps qu’on caresse pour un dernier encore. Sous les voiles délicieuses d’un navire oublié vivent à peine ténébreuses les gorgones du passé. Leurs serpents sans vergogne poussent l’idée dans le trou. Leurs grands yeux éclairés rient la mort aux corbeaux. Tu souris à présent comme l’enfant dans la grotte. Éternel point de vie sous ta loupe tout s’enchaîne. L’onde du silence est venue faire un tour. En amoureuse du vide elle a ficelé le temps — devenir silencieux.
L’appel rauque du chiendent sur les tombes effacées. La pluie borgne et lunaire qui descend pour t’aimer. L’arbre glissant sur l’improbable étoile. Le front plat d’une souche. L’outre enfin que l’on perce. Les hécatombes sanglantes pour des dieux inconnus. Quelques pierres éteintes. Deux ou trois fleuves mourants. Les larmes d’une perle.
Comptabilise l’étrange, et ramasse à la pelle les oubliés de l’ombre. Retourne-toi souvent pour effacer tes traces. À reculons encore n’avance que pour renaître. Au matin chaque fois nettoie les jours anciens. Rince dans une eau pure la mécanique des rêves. Rejoins le jour nouveau et fais-toi magicien.
22 février 2009.