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Mes muses sont mortes. Agenouillé sur la pierre, je frotte les mains sur l’herbe pour en extraire le parfum. Mes yeux n’y sont plus pour personne. Des petits bouts de peau réagissent à la chaleur des amours perdues. Ils rougissent, puis explosent. Mélange de pleurs et d’envies. De rien. Arrêt de vie brutal.
Mes muses aux cheveux à présent poussière, aux yeux ivres et amers, à la peau brune ou laiteuse, aux lèvres tièdes et douces. Mes muses aux doigts affûtés comme des couteaux à viande. Mes muses amusées, émues et offertes, autrefois belles ouvertes. Mes muses épuisées, amoindries, désuettes. Nous ne festoierons plus durant les étranges messes.
Dans la boucherie du passé, quelques entailles restent. De vos doigts aiguisés vous les avez tracées. Muses enfouies, muses terribles. Muses aimées, muses blessées. Muses enfin à jamais muselées, animales. Muses mortes.
Coupable et passionnément bête, je suis l’assassin de ces dames. Agenouillé sur la pierre, j’attends le glaive. Qu’il s’abatte sur moi, vengeur. Qu’il me pourfende la tête et le coeur. Que mes regrets, sans trop y croire, dissipent à présent l’envie d’être aimé. Que le couperet, d’un trait barbare, s’attelle à me faire oublier.
24 septembre 2008.