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Brûle, ravage, souffle, déchire, entre dans les mousses, pulvérise les ombres ! Que roches en fusion gravent ici le roman des désastres ! Que grognent à présent les secrets de nos vies ! Qu’en glissant vers l’enfer se raniment nos oublis ! Que les mots jaillissent comme des geysers de flammes ! Qu’ils s’écrasent au ciel en volutes déchaînées !
Que brumes d’embruns et de soufre recouvrent la mémoire du monde ! Qu’à force de cracher vers l’étuve, nos bouches se fendent, laissant surgir colère, haine, et relents d’amertume !
D’un puits enivrant s’élève une masse houleuse. C’est une pluie d’encre séchée par le vent. D’une noirceur rougeâtre, qu’étoiles parsèment encore, une idée délirante entame son tourbillon. Un tourbillon de flammes accompagnées d’horreur — que les éclairs foudroient. Larges oiseaux de proie, elles s’étendent et déferlent comme mille furies rageuses.
Les mots se bousculent, les lettres se défont. Un désordre rouge et or, une écriture nouvelle, un mauvais tour au temps. Comme un sourire défait, comme une perle fragile, ils pulvérisent leurs textes sur la toile des silences. Des textes d’une couleur, celle de l’étrange enfance. Un peu d’ocre de terre, un peu de gris du vent, et puis une touche d’argent. Des textes qui percutent, superposent, fusionnent, intercalent, permutent, dans une danse tribale. Perpétuel mouvement, d’une vitesse infinie. Et ça vibre, et ça tourne, ça creuse, ça rebondit. Toujours trop rapide...
Et l’incendie reprend. Vaste tourbillon, fait de chair et de sang. Ça racle les arbres, assèche les fleuves, ramasse d’une main les remords insistants. Comme une envie de table rase, un grand recommencement.
Puis le silence... Une chape de braises s’effondre. Le crépuscule étouffe. Le rouge vire au bleu. La nuit dépose ses noirs soldats, et le vent s’apaise. Un souffle balaie l’horizon. Tout n’est plus que crépitements et respirations douces. Un monde en suspens... Quelques cendres tombent encore. Les mots refroidissent. Au loin on murmure. Le mouvement cesse. Tout se calme. La bête se rendort.
5 août 2008.