| Table des matières |
Laisse venir la pluie. Ferme les yeux, et devine ses milliers de serpents argentés descendre lentement depuis tes cheveux jusqu’à ton oreille. Imagine-les passer sur ton lobe, puis tomber d’un coup sur ton épaule. Ton épaule frissonne. Ils descendent un peu plus vers ton sein, s’y arrêtent un temps, puis reprennent leur chemin. Arrivés au creux de ton nombril, quelques-uns s’unissent avant de repartir de plus belle. Stoppés par les premiers poils de ton sexe, ils empruntent des chemins de traverse. Ils te caressent, lentement, et d’un coup tombent à terre.
Laisse venir la pluie. Ferme les yeux. Imagine cette caresse légère et tendre, presque invisible, qui effleure le bas de ta joue, le haut de ton cou, et bifurque vers ta nuque. Cette caresse subtile qui à chaque point de son passage laisse mourir un peu d’elle. Cette caresse qui passe à présent sur ta clavicule, s’y apaise un instant, le temps de reprendre son souffle. Ce souffle léger qui remonte vers ton épaule, lentement, tendrement, et redescend rapidement vers tes fesses en traçant un sillage diaphane tout le long de ton dos. Un frisson te parcourt. L’envie de cette eau douce et calme.
Laisse venir la pluie. Le vent et l’odeur de l’herbe humide au matin, lorsque la rosée perle et brille au soleil. Laisse venir... Appelle-la, même. Dis-lui encore. « Encore... » Que ses serpents d’argent inventent d’autres chemins. Pour toi, juste pour toi. Qu’ils traversent, s’ils le veulent, ton corps humide. Tu frissonnes. Les voilà qui glissent à présent par les bords de ton sexe vers ton genou. À mi-chemin sur ta cuisse, quelques poils les arrêtent et semblent vouloir jouer avec. Il s’y prennent, s’y enroulent, s’y bercent. Ils repartent vers ton pied, lentement, toujours avec une douceur extrême.
Laisse venir la pluie. Respire-la fort. Au plus profond de toi, sens l’infini de ce pleur. Ne dis rien. Ferme les yeux. Elle te parle doucement, tout au creux de tes reins, dans l’éternité qui est la sienne. Ses longs filets translucides rayent ton corps comme une main étrange aux doigts invisibles. Elle te voile, te protège. Elle te lave à l’envi. Ton envie. La sienne aussi. Entre les filets, des gouttes s’échappent. Elles avancent, rageuses, puis se calment. Leur souffle ressemble à une larme.
Laisse-la entrer. Calme-toi. Respire lentement, à intervalles réguliers. Sens ton coeur qui bat. Elle revient. L’entends-tu ? Aime-la. Du plus profond de ton être, tu l’implores. Elle revient. Cette pluie tendre et frêle, amie depuis toujours. Ce grand corps aux mille mains, dont la caresse te renvoie vers l’enfance — cette mémoire infinie.
Laisse-la entrer. Elle vient...
3 juillet 2008.