Des groseilles centenaires sur leur lit d’algues douces
Un chevreuil égaré sur la brèche du temps
Des yeux d’ours braisés sur la grève
Le chapeau d’un idiot et son cortège d’horreurs
La voûte de pierre sur l’affreux enfant
De la poudre de rires dispersée sur l’autel
L’odeur du sel
L’arrogance sucrée des gazelles dans la plaine
Salive givrée de fauve autochtone
Groin de laitue
Soupe d’oniriques sabres
Parfums têtus
Longues espérances dérivées d’aurores
Pluies citronnées revenues de l’ailleurs
Les doigts grillés d’une maîtresse encore ivre
Un plat bruni au château des efforts
L’arbre coupé
Le chat miauleur
Un coin de soleil mélangé à l’Encore
Du piment d’Espelette
Des compliments soufrés
Sur les bulles découvertes, l’urine froide des couchants
Des chemins de traverse : le cri rauque d’ogres pâles
Sur les pâtes juteuses de la lune enfouie, deux ou trois cratères vides
Dans les mains venimeuses d’Astrée, un oeil borgne qui pleure
Le gonflement des voiles sous les embruns glacés
Le souffle court et sec du vivant qui s’emporte
Par-delà vivre et l’espoir un peu de poivre vert
Une sauce encore vierge des papilles qui racolent
Un supplice bien portant qu’on a glissé sous l’herbe
Le gâteau sans délices pour attendre l’amer
Les graines vides du sommeil pour observer l’errance
Des petits pots de miel perturbés par leur sort
Quelques jambes de sirènes
Le sifflement du large
Le ciel qui se déchire
Le sang des monstres défaits
Une neige d’effrois
L’enfant du vide
L’ours menteur
L’abeille vibrante
Le dard d’humeur
Une tarte d’alouettes au silence
Un pâté fou de cygne baveur
La goulée des salives
Un morceau de chair fraîche
Les caresses difficiles
Au menu sont encore et l’ennui et l’envie
Le toujours et l’ailleurs
Les couloirs du soleil
Les fourmis de l’Aleph
Et pour troubler l’orage
Tout ce rien qui sommeille
Au menu sont encore la musique des nuits sages
Le vieux loup prédateur
Et l’indicible brume
Tous ces regains d’efforts
Attirés par le vide
Les sentiers du couchant
Allongés sur l’ivresse
Au menu pour toujours
Cette étrange allégresse
Ces vies folles et fragiles
Feux de paille sans paroles
Au menu pour toujours
Les matins sur tes lèvres
Et ton coeur dans ma main
En éternels retours
De vivants lendemains